L'échec scolaire

Pendant un certain temps, les médias ont véhiculé un message au sujet des écoles: celles-ci prônent tellement la réussite scolaire qu'elles visent l'élimination de l'échec scolaire.

 

Pour ma part, je crois qu'il est important d'habituer les enfants à vivre avec des échecs, car ceux-ci font justement partie de la vie. En tant qu'enfants, adolescent ou adulte, une personne rencontre plusieurs échecs au cours de sa vie: perdre une partie de soccer, vivre une rupture amoureuse, être refusé dans un programme au cégep ou à l'université, être refusé pour un emploi, etc. Je pense qu'il faut apprendre à vivre avec ces échecs et à les surmonter rapidement, car si on est totalement démolli après chaque échec vécu, la vie risque d'être longue et pas très agréable!

 

Pour ma part, j'ai toujours été très douée à l'école. J'ai connu mon premier "échec" scolaire en quatrième secondaire, quand j'ai obtenu 60% dans le premier examen d'histoire de l'année. J'ai trouvé cela très difficile et stressant, car je n'avais jamais échoué dans le monde scolaire. Heureusement, j'avais appris à essuyer les échecs dans les autres sphères de ma vie: sports, famille, jeux de société, etc. J'ai donc été capable de surmonter cet échec, tellement que j'ai obtenu la note parfaite dans l'examen du ministère, à la fin de l'année!  

 

Or, si je n'avais jamais vécu d'échec, si tout le monde m'avait toujours laissé gagner, si on avait toujours cherché à me protéger des échecs, je me demande bien comment j'aurais pu faire pour surmonter cette "mauvaise" note à mon examen!

Pas assez compétitifs

Photo: archives La Presse
Photo: archives La Presse

Marc Gagnon
L'auteur est quintuple médaillé olympique en patinage courte piste.

La Presse

27 février 2010

Source: http://www.cyberpresse.ca/place-publique/opinions/201002/26/01-4255792-pas-assez-competitifs.php

 

Bien entendu, les JO de Vancouver soulèvent beaucoup plus de questionnements qu'à l'habitude, pour deux raisons très simples. D'abord, les Jeux ont lieu au Canada, donc l'intérêt est encore plus grand. D'autre part, le Comité olympique canadien (COC) avait établi un objectif bien clair: 34 médailles et le premier rang au classement. Cet objectif n'était pas caché. Tout le monde le disait haut et fort.

 

Il y a cinq ans, les gens du COC ont cru qu'en investissant de grosses sommes d'argent jusqu'en 2010, nous casserions la baraque et changerions le pays en entier.

Malheureusement, ça ne marche pas comme ça. Encore moins au Canada.

 

Vous savez, mes années d'athlète international m'ont appris que le Canada est un pays apprécié de tous. En particulier ses habitants. Pas étonnant que plusieurs personnes veulent s'établir ici. Il ne faut pas mésestimer comment les autres nous voient: accueillants, généreux, sympathiques, aidants, etc. C'est tout à notre honneur, mais c'est aussi très nuisible lorsqu'il s'agit de performer sur une scène athlétique comme les Jeux olympiques.

 

Cette grande générosité, cette compassion et ce sens de l'entraide nous jouent des tours en sport. Je l'ai déjà dit et le redis: ces qualités font de nous trop souvent des athlètes participatifs plutôt que compétitifs. Elles nous poussent malheureusement à toujours vouloir consoler un athlète et à lui faire accepter une performance ordinaire. Or il faudrait plutôt chercher avec lui à analyser la performance et trouver tous les points à améliorer pour continuer la progression et possiblement gagner la fois suivante.

 

 

Il est souvent difficile pour les gens impliqués dans le sport de faire la coupure entre le participatif et le compétitif. Nous avons peur d'être exigeants et de pousser les athlètes qui, pourtant, veulent vraiment être compétitifs. On semble vouloir à tout prix éviter de vivre la rage d'une défaite.

 

Vous savez, je suis tout à fait d'accord avec vous: finir cinquième à des Jeux olympiques est extraordinaire. Mais un athlète qui consacre sa vie à l'entraînement ne rêve pas de finir cinquième et de recevoir des tapes dans le dos pour une participation extraordinaire. Le podium est l'objectif ultime. Même le 20e favori, au fond de lui, espère une performance extraordinaire pour gagner une médaille.

 

Combien de fois avez-vous entendu un athlète dire qu'il était insatisfait et déçu d'une contre-performance?? C'est très rare. Nous avons généralement des explications pour la mauvaise performance, avec une morale positive à la clé. Pourtant, quand tu veux gagner et que tu n'y arrives pas, il est tout à fait normal d'être déçu et même fâché. Mais notre côté participatif nous dicte toujours d'accepter, de relativiser et de passer au suivant.

 

Je suis père de deux enfants. Et je comprends très bien l'importance d'être un modèle pour eux. Les enfants reproduisent ce qu'ils voient. C'est la même chose chez les athlètes. Ils reproduisent ce qu'ils voient, et l'attitude dans laquelle ils grandissent. Par conséquent, ils intègrent cette vision participative et la font leur. Ça devient très difficile à changer par la suite. Cessons de nous cacher la tête dans le sable. Un gagnant est un mauvais perdant. Il vit avec la défaite, mais ne l'aime pas. Il y a une grande différence entre vivre avec la défaite et l'accepter.

 

Les athlètes qui ont du succès sont ceux qui, de façon innée, ne sont satisfaits que par la première place. Ce qui ne veut pas dire que l'attitude de la population en général doit changer. Les Canadiens sont des gens extraordinaires. Ce sont plutôt les gens qui participent de près au développement des athlètes qui doivent changer. Le réconfort n'est pas interdit, mais laissons cela aux parents qui le font à merveille.

Nous avons des athlètes extraordinaires. Malheureusement, contrairement à plusieurs Américains, qui ont une attitude prétentieuse que l'on déteste, mais combien enveloppée du désir absolu de gagner, quand arrivera ce jour J des JO, plusieurs ne produiront pas leur meilleure performance, et ne tenteront pas énergétiquement d'aller encore plus loin. C'est bien triste, car nous avons au Canada un potentiel athlétique tout aussi grand que n'importe quelle nation.

 

En terminant, j'aimerais répondre aux nombreux spécialistes qui, ces derniers jours, affirment que le COC a établi un objectif impossible et mis trop de pression sur les athlètes. Que connaissent-ils de la pression de l'athlète? J'ai été athlète, et désolé de décevoir tout le monde, mais durant notre compétition, on pense à nous. Pas au Canada et à ses 34 médailles. Si nous gagnons, à ce moment, la fierté d'être canadien est au rendez-vous.

 

Où étaient ces nouveaux spécialistes il y a deux semaines? Dans leur salon à espérer que le COC ait raison.

 

Moi, je félicite ces gens qui ont osé et voulu sortir du moule participatif. Ces gens qui, pour la première fois, sont arrivés avec une attitude de gagnant, et non de participant. Il y a deux semaines, je ne croyais pas que nous pouvions gagner 34 médailles. Mais je ne croyais pas plus que je pouvais gagner une médaille olympique lorsque j'avais 15 ans. Par contre, j'étais prêt à tout pour essayer. Et je compte maintenant trois participations et cinq médailles olympiques.

 

Bravo, donc, à ces audacieux. Votre première solution était l'investissement financier, et il ne faut pas retourner en arrière. Continuez. Mais aussi, cherchez maintenant les autres solutions qui feront en sorte que bientôt, nous pourrons être les meilleurs.

Le lien avec les élèves

J'ai choisi cet article parce qu'il me rejoint en tant qu'athlète, mais aussi en tant qu'enseignante, en tant qu'élève et en tant que personne.

 

Au primaire et au secondaire, jai toujours voulu être la meilleure élève de ma classe. Avoir les meilleures notes. Or, j'étais souvent la deuxième ou la troisième meilleure. Je savais que c'était vraiment bien, mais ça n'a jamais été suffisant pour moi. Je voulais être LA meilleure.

 

C'est cet objectif que je gardais toujours en tête qui a fait de moi une bonne élève, une élève travaillante, persévérante et studieuse. Mon objectif était-il bon? Au primaire, non, car il ne me poussait pas à ME dépasser, mais plutôt à dépasser les autres. Ainsi, je ne m'améliorais pas tellement, mais j'avais quand même de bonnes notes.

 

Or, au secondaire, c'est cet objectif qui m'a motivée pendant 5 ans. C'est cet objectif qui m'a poussée à me dépasser, à donner le meilleur de moi-même. Pourquoi? Parce qu'il y avait plein de gens meilleurs que moi (pas seulement une ou deux personnes), surdoués (ce que je ne suis pas), et je voulais leur prouver que j'étais dans leur catégorie.

 

C'est ainsi que j'ai amélioré la qualité de mes travaux, de mon français, de la structure de mes textes et de mon argumentation. C'est cet objectif qui m'a fait donner le meilleur de moi-même.

 

Cet objectif était-il le bon? Non. J'aurais dû viser à m'améliorer moi-même plutôt qu'à dépasser les autres. Mais au primaire, ce n'était pas vraiment nécessaire pour réussir à atteindre mes objectifs. C'est seulement au secondaire que j'ai dû m'améliorer moi-même pour pouvoir dépasser les autres.

 

Je vous dis cela parce que quand j'entends un élève très doué me dire "ce n'est pas grave si j'ai seulement eu 5 sur 10 dans mon contrôle de lecture, je me reprendrai au prochain", ça me choque. Ça me choque parce que je sais que cet élève pourrait avoir toujours 9 ou 10 sur 10 dans ses contrôles. Même s'il a la possibilité de se reprendre, il devrait être déçu de sa note.

 

Arrêtons de minimaliser l'échec ou la contre-performance.

 

Je pense qu'il faut faire en sorte que l'élève soit déçu intérieurement de ses mauvais résultats tout en lui faisant comprendre que c'est vrai qu'il pourra se reprendre la prochaine fois. En d'autres mots, même s'il sait qu'il pourra se reprendre, l'élève devrait être déçu de lui parce qu'il devrait viser donner le meilleur de lui-même en tout temps, et le meilleur de lui-même n'est pas un 5 sur 10 dans ce cas-ci. Il ne faut pas que l'élève soit satisfait de quelque chose qui n'est pas le meilleur de lui-même.

Dernière mise à jour: mars 2010